La Cour d'appel du Québec a récemment
rendu une décision dans l'affaire Aviva Canada Inc. c. Dubé et
Cantwell, EYB 2007-123334 (C.A.) portant sur l'obligation d'un
assuré de dénoncer à son assureur toute aggravation du risque
d'assurance et ce, dans un cas bien particulier.
Les faits de cette affaire sont les suivants :
Les assurés, Mme Cantwell et M. Dubé, avaient acquis en 1990 une
propriété et avaient alors souscrit une police d'assurance-incendie
auprès de La Prudentielle par l'intermédiaire du courtier William
& Esber Inc.
Entre 1992 et 1994, M. Dubé a fait installer un poêle à combustion
lente dans le garage contigu à sa résidence et a transformé les
lieux en atelier de mécanique automobile où étaient entreposés
différents appareils et combustibles. M. Dubé n'était pas en tant
que tel un garagiste, mais avait une passion pour la mécanique.
Suite à l'émission de la police d'assurance, les assurés n'ont
pas déclaré à leur courtier les modifications subséquentes au
garage, survenues entre 1992 et 1994.
En 1997, le courtier William & Esber Inc. a retiré l'ensemble
de son portefeuille d'assurance de La Prudentielle pour le transférer
à un nouvel assureur, soit aujourd'hui Aviva. Lors de ce transfert,
aucune proposition d'assurance n'est intervenue entre tous les
assurés et ce nouvel assureur, le tout pour des raisons économiques
et d'efficacité administrative.
En janvier 2000, un incendie, lequel a débuté dans le garage des
assurés, endommagea gravement l'immeuble. Aviva paya au créancier
hypothécaire le solde du prêt des assurés et réclama ensuite aux
assurés le remboursement de son paiement au motif que ceux-ci
n'avaient pas dénoncé les modifications à leur garage, lesquelles
aggravaient grandement le risque d'assurance.
Les assurés se sont, pour leur part, portés demandeurs reconventionnels
et ont réclamé plus de 300 000$ à l'assureur.
En première instance, l'Honorable Juge Kirkland Casgrain de la
Cour Supérieure a rejeté l'action d'Aviva et a accueilli la demande
reconventionnelle des assurés pour un montant de 178 000$.
En effet, bien qu'ayant conclu que les modifications apportées
au garage des assurés constituaient effectivement une aggravation
du risque d'assurance, le juge a toutefois décidé que le fait
pour le nouvel assureur au risque de ne pas avoir demandé de proposition
d'assurance aux assurés en 1997, avait empêché ceux-ci de dénoncer
l'aggravation du risque. Le juge a ainsi été d'avis :
" Rien de tout cela (la présence du poêle, des solvants, etc.)
n'a pu être porté à la connaissance de l'assureur, parce que celui-ci
était prêt à se contenter d'une proposition vieille de sept (7)
ans (faite à son prédécesseur) à l'insu de ses assurés. "
Suite à cette décision de la Cour Supérieure, l'assureur Aviva
a évidemment porté cette décision en appel en invoquant notamment
l'article 2466 C.c.Q. portant sur l'obligation de l'assuré de
divulguer à l'assureur et ce, promptement et de façon spontanée,
toute aggravation du risque.
En appel, la Cour avait donc à répondre à la question suivante
:
Les assurés avaient-ils l'obligation de dévoiler des faits
qui aggravent le risque, mais qui étaient survenus avant que le
courtier ne transporte son portefeuille à Aviva, un nouvel assureur?
Dans sa décision, la Cour d'Appel réaffirme tout d'abord le principe
bien connu qu'il appartient effectivement aux assurés de dévoiler
promptement à l'assureur, au cours de l'existence de la police,
tout fait de nature à aggraver le risque d'assurance. La Cour
rappelle de plus que l'assureur n'avait pas l'obligation de s'informer,
voire d'enquêter.
Toutefois, la Cour a dû aborder la question de l'effet du changement
d'assureur, fondement du premier jugement.
Or, selon la Cour d'Appel, le fait que le courtier ait transporté
tout son portefeuille d'assurance auprès d'un autre assureur,
faisait en sorte qu'un tout nouveau contrat d'assurance était
alors conclu et non, un simple renouvellement de la police antérieure.
Comme aucune proposition d'assurance n'était intervenue entre
les parties lors du nouveau contrat, la Cour d'Appel a donc décidé
que l'assureur devait supporter les conséquences de sa renonciation
volontaire à obtenir, par le biais de la proposition, des renseignements
essentiels auxquels il avait droit.
En effet, la Cour a conclu :
" En résumé, le courtier a émis une nouvelle police et non
un renouvellement sans préalablement, rechercher une proposition
en suivant la procédure applicable. Ce geste était peut-être conforme
aux habitudes de l'industrie lorsqu'un assureur acquiert un portefeuille
d'assurance, mais il privait du même coût les intimés de l'opportunité
de produire une proposition selon les standards expliqués par
le courtier…) "
Comme la Cour d'Appel le rappelle dans son jugement, cette décision
ne signifie pas que l'assuré n'a plus l'obligation de dénoncer
lui-même toute aggravation du risque. En effet, n'eut été du transport
de tous les contrats d'assurance de La Prudentielle à Aviva, les
assurés n'auraient pas été indemnisés.
Cette décision a toutefois toute son importance pour les assureurs,
lesquels doivent se rappeler que s'ils renoncent à la proposition
d'assurance lors de l'émission d'une nouvelle police, ceux-ci
doivent en subir les conséquences car cette déclaration initiale
fonde le contrat qu'ils émettent et la prime qu'ils exigent.