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Le 9 février dernier, le juge Trudel de
la Cour Supérieure a rendu une décision dans une affaire assez inusitée,
Noël Deslongchamps c. Assurances-Générales des Caisses Desjardins
1où il profite de l'occasion pour rappeler ce qu'est
le " vandalisme " au sens d'une police d'assurance.
LES FAITS
Le propriétaire d'un immeuble situé à Joliette loue cet immeuble
à un locataire, Allard, depuis plusieurs années. En 1996, Allard
demande à Deslongchamps s'il peut acheter la maison et, au terme
de certaines négociations, l'offre d'achat est acceptée. Aucun acompte
n'est versé suite à l'acceptation de l'offre. Allard procède à certaines
rénovations entre les mois de mai et septembre 1997.
En octobre 1997, le propriétaire met en demeure le locataire de
laisser l'immeuble, ce dernier n'ayant pas respecté les termes de
l'offre d'achat. Allard laisse l'immeuble, mais les rénovations
sont toujours inachevées.
Le propriétaire prétend que le locataire a laissé l'immeuble dans
un état tel que les modifications importantes qu'il a apportées
à celui-ci constituent du vandalisme. Afin de démontrer cette prétention,
il a pris plusieurs photos et a même demandé à ce qu'un rapport
de police soit rempli à cet effet.
Le demandeur réclame les dommages auprès de sa compagnie d'assurance.
Il prétend avoir droit au bénéfice de sa police d'assurance, puisque
les agissements du locataire constituent du vandalisme. Or, l'assureur,
quant à lui, prétend qu'il ne s'agit que de rénovations inachevées,
lesquelles ne sont pas couvertes en vertu de la police d'assurance
émise.
LA DÉCISION
Le juge Trudel doit donc décider si les locataires ont posé des
actes de vandalisme, auquel cas le demandeur aura droit au bénéfice
de sa police d'assurance.
Pour y parvenir, il recherche d'abord si le terme " vandalisme "
est défini à la police d'assurance, ce qui n'était malheureusement
pas le cas. En l'absence d'une telle définition, le juge Trudel
réfère alors au sens ordinaire et courant des mots et cite plusieurs
définitions de dictionnaires. Selon le Petit Robert, le terme vandalisme
est défini comme étant une tendance à détruire stupidement, à détériorer,
par ignorance, des oeuvres d'art.2
Le juge Trudel s'appuie également sur l'affaire Parenteau MacPherson
Enterprise Ltd. C. Cie d'Ass. Prudentielle3 où les
faits sont à toute fin pratique identiques à ceux présentés devant
lui. Dans cette affaire, le juge Mackay a conclu que l'abandon du
projet de rénovations de l'immeuble pour le promettant acheteur
ne saurait constituer un acte de vandalisme. Dans son analyse du
terme " vandalisme ", le juge Mackay référait surtout à des dictionnaires
anglophones dont le Black's Law Dictionary qui le définit aussi
comme " a wrongful act intentionally done without legal justifications
or excuse ; an unlawful act done willfully or purposely to indure
another. "
Enfin, le juge Trudel, reprenant les faits de l'affaire Parenteau
MacPherson, conclut que, vu la présence de certains matériaux
devant être utilisés pour les rénovations et à la face même des
photos prises sur les lieux, le locataire et sa conjointe n'ont
pas agi avec l'intention de détruire la maison du demandeur de façon
délibérée, mais ont tout simplement voulu la rénover, ce qu'ils
n'ont pu complété. Il rejette donc l'action du demandeur avec dépens.
COMMENTAIRE
Bien qu'une situation comme celle-ci ne se présente que rarement,
cette décision est utile pour délimiter ce qui constitue du vandalisme
au sens d'une police d'assurance. L'assuré devra prouver que les
dommages à sa propriété résultent d'un geste posé sans justification
légale avec l'intention de causer un dommage.
1 Cour supérieure, district de Joliette, 705-17-000372-019, le 9
février 2004, sous la présidence de l'honorable Clément Trudel,
j.c.s.
2 Le Petit Robert 1, dictionnaire alphabétique et analogique de
la langue française, Paris XIe
3 (1997) R.R.A. 434 (C.S.)
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